Ma vie de femme de 40 ans – La maison bien rangée et la pleine lune

Aujourd’hui, j’ai retourné toute ma maison. A la recherche de ce que je ne voulais pas retrouver. Ce que je ne voulais pas retrouver plus tard. Et ce que je voulais garder maintenant.

Là, sur le trottoir, attendant un camion, il y a des photos jaunies par l’humidité dont on ne reconnait plus les visages. J’ai gardé une diapositive de moi, dormant, à 2 ans, je ne me reconnais pas.

Là, sur le trottoir, attendant un camion, il y a ma poupée d’enfance, elle aussi noircie par le temps, on ne voit plus la couleur des ses cheveux roux. J’ai gardé le petit chat noir en peluche offert par mon grand-père à 4 ans lors de mon opération du tympan.

grenier-a-debarrasser

Là, sur le trottoir, attendant un camion, il y a des pelotes de laine, je n’ai finalement jamais tricoté. J’ai gardé des napperons de toutes les couleurs, j’en ferai peut-être un jour quelque chose.

Là, sur le trottoir, attendant un camion, il y a un carton plein d’invitations à des fêtes, des autocollants, des flyers pour des manifestations. J’ai gardé 17 paquets de post-its, des cartes postales qu’on m’a écrites et un jeu de carte du syndicat des métallos.

Là, sur le trottoir, attendant un camion, il y a des tas de vêtements que je ne mettrai plus. J’ai gardé ces baskets blanches que je vais réessayer pour la 19ème fois.

Là, sur le trottoir, attendant un camion, il y a des seaux fendus, des boites ébréchées et des attaches qui n’attachent plus rien. J’ai gardé des tas de pots de peintures et des morceaux de bois pour je ne sais pas faire quoi.

Là, sur le trottoir, attendant un camion, il y a des prises électriques qui font fonctionner je ne sais pas quels appareils. J’ai gardé 5 de mes vieux téléphones avec leurs prises et tous les sms qui sont conservés dedans.

J’ai gardé tous mes cahiers et je ne m’en séparerais jamais. Je n’ai jeté aucun livre. J’ai jeté des tas de CD et j’ai gardé quelques compilations faites par mon ami Ivan, je ne les écouterai sans doute plus jamais pourtant.

J’ai mal au dos alors qu’en fait, je porte moins. Et je chantais très fort en remuant la poussière et ces souvenirs qui me sont chers même si je m’en sépare.

Demain, c’est la pleine lune, ma mère dit qu’on range quand on a ses règles ou quand c’est la pleine lune. Et j’ai mes règles. Ma maison est bien rangée.

Publicités

Vive le cinéma – Les larmes, pisser, la pluie, la guerre et la victoire

Le soir, souvent, je regarde un film. Quand je suis fatiguée, je choisis plutôt un film en français. Et quand je suis très fatiguée, je choisis un film que j’ai déjà vu. A partir d’un nom, je choisis. Un acteur (Mathieu Amalric 9 fois sur 10), une actrice (Karin Viard ou Juliette Binoche) ou un réalisateur (Truffaut bien sûr). Ce soir, j’avais envie de Valérie Donzelli parce qu’on m’en a parlé il y a peu. On a envie de lui ressembler à Valérie Donzelli. Sa vulnérabilité. Et ses beaux yeux. J’avais aussi envie de Jeremie Elkaïm et de sa voix. Sa forte voix et son blouson. Le choix est fait. Simple.

Et puis, il pleut. Il pleut, et enfin les bras m’en tombent. Je chantonne en m’installant. Comme à chaque fois qu’il pleut.

 

 

Je suis prête sous la couette. Je pleure peu en ce moment. J’en ai besoin. Et envie. J’essaye, je laisse venir. Quelques larmes par-ci, quelques gouttelettes par-là. Enfin un mini-torrent vite ravalé chez le médecin. Alors je me fais aider. Et donc un bon film à pleurer. Des familles, des parents, des médecins, la maladie, un enfant. Tout est parfait. Je sanglote, la tête enfoncée dans mes 100.000 coussins. Comme, quand on pisse, on dit qu’on est soulagé. Je suis soulagée. Ma mère me disait « Pleure tu pisseras moins« . Je pense qu’elle n’a pas tort. C’est pratique de pleurer avant d’aller dormir. Je ne me réveillerai pas cette nuit pour aller pisser. Ni pour rien du tout. Je vais dormir comme un bébé. Malade ou pas. Mais je veille sur moi. Quelle belle promesse de victoire.

guerre-declaree-blog

 

 

 

Mourir pour des idées – Le jour de la démission de Nicolas Hulot et l’irréverserbilité

Oui, c’est bien le sujet du jour. Après avoir zappé entre différentes informations, j’ai enfin écouté l’interview complète de Nicolas Hulot chez Dumorand et Léa Salamé. Deux fois. Je l’ai écouté deux fois. Exactement comme lorsque j’ai vu Irréversible de Gaspard Noé. J’ai dû le voir deux fois pour me convaincre qu’il s’agissait bel et bien de cinéma. L’exercice était cruel mais nécessaire. Parfois j’ai encore peur que ça soit la réalité. Et ça l’est. Dans une certaine mesure.

Continuer la lecture de Mourir pour des idées – Le jour de la démission de Nicolas Hulot et l’irréverserbilité

Ma vie de femme de 40 ans – La panne de moteur et mes odeurs

J’en avais déjà parlé. La panne de l’essoreuse qui laissait mon corps lourd sécher au soleil. Le réparateur, tant attendu, sort à l’instant de la maison. C’est une panne de moteur mademoiselle. Je suis en panne de moteur. Une semaine ou plus à attendre. Une semaine de panne de moteur. Une semaine d’arrêt. Une semaine où il ne va peut-être rien se passer. On va continuer tant bien que mal à avancer. A la main. En se tordant le ventre et les tripes et les culottes. Heureusement que j’ai du mou. Heureusement que j’ai de la marge, de l’avance. Des fringues propres. Et quelques parties propres de mon cerveau. Il faudra faire l’économie du geste. L’économie de la sueur. Je me laisserai mariner dans mon linge odorant, dans mon corps mal torché. Je ne me sens pas bien. Oh mais je ne fais que ça me sentir. Je peux pas la sentir. Je me sens mauvais. Je me sens mal. S’éloigner. Avoir la nausée. Ou il pourra s’agir d’user d’artifice. Des parfums. Des odeurs autres que moi. Des odeurs que je fais miennes et qui me transforment.

 

PLV-3301-panier-linge-sale-vintage-medic-cine-600x600

Mon carnet de voyages – La marche, l’inconnu, la lune et l’amour

J’ai marché. J’aime marcher. J’aime marcher à Paris d’un point à l’autre de la ville. Pour aller voir des expos, pour redescendre des Buttes Chaumont, pour arpenter le Bon Marché, descendre 2 stations de métro avant mon point d’arrivée. Juste pour le plaisir d’arpenter les rues. Visage souriant ou pas. Je ne croiserai personne. Personne ne me croisera.

Continuer la lecture de Mon carnet de voyages – La marche, l’inconnu, la lune et l’amour

Mon carnet de voyage – La saveur d’un billet de train ou d’avion

Rien de tel qu’un billet de train en poche. Je pourrais dire que je regrette le temps où on avait un billet imprimé dans une pochette. Mais il n’en est rien. Je savoure tout autant ce billet déposé dans le wallet de mon téléphone.

billetdetrain1

Je pourrai vivre avec ce seul billet de train ou d’avion. Je garde souvent et négligemment les quelques versions papier que je reçois. Continuer la lecture de Mon carnet de voyage – La saveur d’un billet de train ou d’avion

Dans ma tête de femme de 40 ans – La mélancolie, le silence et la certitude.

Il y a des situations où on est sûr. Sûre. Sûre de ce qu’on fait. De pourquoi on le fait. J’ai compris récemment que ma mélancolie est un moment qui m’aide en préambule à éclaircir ma tête. Un moment vide. Trois jours de silence. Ne voir personne.

Continuer la lecture de Dans ma tête de femme de 40 ans – La mélancolie, le silence et la certitude.