Vive le cinéma – Hier et aujourd’hui encore

Hier, samedi soir, j’ai regardé Cléo de 5 à 7 qui pour moi était depuis longtemps « un des meilleurs films au monde ».

Or, je ne l’avais jamais vu. Pas entièrement tout du moins. Je me souvenais à peine d’Angèle, l’accompagnatrice de Cloé. Je ne savais pas qu’on ne porte pas quelque chose de neuf un mardi. J’avais dû oublier que la vie donne raison à l’envie. J’avais un vague souvenir des déambulations dans Paris en noir et blanc et en 1961 mais ça doit être grâce aux films que j’aime de cette époque. Je ne me souvenais si peu des cartes du tarot et je n’avais aucun souvenir des robes, des talons, des costumes. Je ne me souvenais pas des taxis et des bus. Je ne me souvenais pas du mangeur de grenouilles et du militaire à la fin du film. Je ne me souvenais pas si Cléo était bel et bien malade ou pas. Je me souvenais n’avoir pas pu le regarder il y a bien longtemps, lorsque je découvrais Demy et Varda.  Je connaissais la chanson de Katerine. J’aimais ce film sans l’avoir vu. Sans oser le regarder. Je n’osais pas suivre Cléo de 5 à 7, à attendre les résultats de ses examens médicaux. Et à trouver la vie à la fois dramatique et joyeuse.

A la mort de Michel Legrand, les extraits fusent et plus que les chants des Parapluies que je connais par coeur, j’étais bouleversée par la chanson de Corinne Marchand. Cette scène sublime où elle chante, il est au piano.  Sa beauté, cette chambre incroyable, les chats, les plumes et les tapis. Ses si beaux cheveux et son amour des chapeaux.

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Hier, je vois que le film est en ligne sur Arte pour deux jours encore. Je l’ai regardé et oui c’était un des plus beaux films du monde. Et je l’ai encore regardé ce soir. Comme s’il allait disparaître à jamais, j’en profite. Maintenant, je sais ce qui arrive à Cléo après 7 heures du soir. Et je ne pense pas que je l’oublierais.

Il me semble que je n’ai plus peur.

Il me semble que je suis heureuse.

Links :

Et rendons quand même hommage à Michel Legrand

 

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Mon cahier de dépression – Le lendemain de la mort du chat. Et le silence qui s’ensuit

Tout est dit dans le titre. Je m’éveille ce matin dans le silence. J’ai dormi longtemps. Tentée par le soleil, je prépare le café. Ma maison est étrange. Outre le capharnaüm de la cuisine en travaux. Outre le soleil qui pointe après plusieurs jours de pluie. Outre l’odeur nouvelle de gingembre qui embaume la maison. Il fait silence. La maison est un bloc de silence. Je tends l’oreille. Pas un bruit de chatière. Pas un bruit de pattes sur le plancher. Pas un bruit d’eau qui coule dans la baignoire pour apaiser sa soif. Des éléments ont disparu. Le bac à litière. Le bol d’eau. Le bol de croquettes. Le coussin devant le chauffage. Le tissu sur le canapé. La caisse qui l’empêchait de tomber dans les escaliers (mais qui ne manquait pas de me faire tomber moi). Mon vieux chat est mort. Près d’un tiers de ma vie avec lui. On est arrivés ensemble dans ce quartier. 16 ans d’errances avec lui. Deux appartements, une maison. Il a connu des toits, des jardins. Il a toujours dormi avec moi et il a toujours aimé mes invités, surtout ceux qui le caressaient longtemps. Et aujourd’hui, un silence qui va laisser la place à

J’en veux un autre. Je n’aime pas ce silence. Et je ne veux pas être seule

 

Ma vie de femme de 43 ans – Demain, mon anniversaire et mon sourire

J’adore être le soir de la veille de mon anniversaire. Me dire que demain est MON jour. Que je serais forcément de bonne humeur. Que je serai contente des messages reçus. Que j’aurai envie de sourire à tout le monde. Que j’irai boire des bière et voir un concert. Que ça sera une journée normale.

L’année dernière, ça n’a pas été une journée normale. Se souvenir que ça a été le début de ma grande chute. Que la trahison a été la plus forte. Que j’ai été rejettée. Et que j’étais entourée d’amis chauds et réconfortants. Mais que ça n’a pas suffit.

Passons.

J’ai juste envie d’être demain et j’aurai dans ma tête un énorme fuck you dans ma tête à tout ceux qui m’ont fait du mal depuis un an. Ça assombrira un peu mon sourire. Mais tant pis. Je sourirai quand même, à d’autres. En vrai, j’aimerais bien faire des vrais fuck you comme Santo Condorelli. Il doit être heureux. Et moi, j’apprendrai encore et toujours à vivre avec cette haine. C’est pas facile.

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Links :

Pourquoi il faudra attendre 2020 pour que je parle de mon anniversaire

Pourquoi Santo Condorelli fait un doigt d’honneur

Ma vie de femme de 40 ans – La fatigue et le mauvais chemin

Quand je me suis levée, je me suis dit que j’allais me faire un thé. Et puis je me suis fait un café machinalement. Alors je l’ai bu.

Quand j’ai bu mon café, je me suis dit que j’allais ne rien faire aujourd’hui. Et puis j’ai nettoyé toute ma maison.

Quand j’ai eu fini de nettoyer, je me suis dit que j’allais prendre un long bain. Et puis j’ai pris une douche parce qu’il était tard déjà.

Quand j’ai pris ma douche, je me suis dit que j’allais faire du shopping pour fêter mon nouveau premier salaire. Et puis je suis allée manger.

J’avais envie de légumes. Et puis j’ai mangé un banana bread avec du beurre d’espresso (la version hipster du moka). C’était vachement bon.

Et puis je suis quand même aller faire du shopping. J’ai acheté des cadres, des pulls et une chemise de nuit. Demain j’irai rendre un des pulls.

Et puis je suis allée au cinéma. Une heure après le début du film, je suis sortie.

Alors je suis allée faire des courses pour manger. Manger c’est tout ce qu’il reste à faire quand on est fatigué. J’ai acheté plein de trucs. Et puis en rentrant, j’ai mangé un bouillon que j’avais déjà dans le frigo.

Je vais aller me coucher. Mais je sens que je ne vais pas dormir.

Ma vie de femme de 40 ans – L’amant et la mayonnaise vegan

J’ai pas pu me décider.

Au magasin, le rayon mayonnaise était empli de nouveautés. J’adore la mayonnaise. J’ai choisi une mayo belge. Et puis j’ai pris aussi de la vegan. Puis j’ai remis la belge. Puis j’ai eu peur que la vegan ne soit pas bonne. Alors je l’ai remise. Et puis je me suis dit «T’es bête, il faut goûter la vegan». J’avais eu un amant vegan, il m’avait presque convaincue. Alors j’ai pris les deux.

J’ai pas pu me décider.

Et je mange les deux en même temps.

Ma vie de femme de 40 ans – Le coiffeur et les grands moments de la vie

Dans Les Parapluies de Cherbourg, lorsque Madame Emery (Anne Vernon), la maman de Geneviève (Catherine Deneuve) apprend qu’elle doit payer une somme de quatre-ving-dix-mille francs (à je ne sais plus qui). Elle ne sait pas quoi faire, elle dit à sa fille qu’elle la gêne avec ses fleurs alors qu’elle veut nettoyer ses poissons. On voit bien que la poésie et la futilité (les fleurs) n’ont pas de place dans cette cuisine alors qu’on prépare le déjeuner. Geneviève se fiche un peu de cette somme, elle voudrait simplement revendre le magasin. Et sans magasin des Parapluies de Cherbourg, pas de film. C’est ce que je me disais quand je suis allée à Cherbourg il y a une dizaine d’années avec un amoureux de passage. Je dis « de passage » pour ne pas lui donner trop d’importance. De toute façon, je voulais y aller seule à Cherbourg pour retrouver les lieux de tournage du film. Donc de futilité, il n’y en a pas à l’heure où l’on prépare le déjeuner.

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Et pourtant, c’est à ce moment-là, certainement pendant que les poissons cuisent tout seuls dans la poêle, que madame Emery (Anne Vernon), la maman de Geneviève (Catherine Deneuve), se promène dans l’appartement en cherchant une solution. Revendre ses bijoux? Oui mais lesquels? Et en les essayant devant le miroir, tentant donc de sauver sa peau, de trouver quatre-vingt-dix-mille francs (pour payer je ne sais plus qui), elle va faire ça, ça et ça puis se dit à elle-même dans le miroir, donc en chantant :

« ensuite je passerai chez le coiffeur »

avec un léger air interrogatif devant le miroir. Est-ce vraiment une bonne idée? Est-ce vraiment le moment de passer chez le coiffeur? Oui. On la revoit quelques instants (on dit plans dans le cinéma) plus tard, avec une nouvelle coupe de cheveux ou en tout cas un nouveau brushing.

Hier, j’apportais de la tarte à mes parents. Dans ma région, il y a un village où on fait des tartes délicieuses d’où on vient de partout pour en manger. A côté, il y a une autre village où la vierge est apparue en 1936, ce qui a participé aussi à la richesse de la région. Le ventre et l’esprit, c’est ce qui caractérise cette région certainement. Et au milieu des deux villages, sur la route, il y a un bâtiment. Je savais qu’il y avait un lien avec ma famille, alors j’ai demandé à mon père de me raconter l’histoire. Mon grand-père avait acheté cet ancien bordel pour en faire un restaurant. Le bâtiment était prêt, retapé par mon père et mon grand-père. Celui-ci comptait sur un type pour le tenir mais le type en question n’avait pu tenir ses engagements. Alors mon grand-père proposa à ma grand-mère de le tenir avec lui. Elle ne voulait pas, elle n’y connaissait rien au métier, ça n’était pas pour elle. Et mon père me raconte ainsi l’histoire. Donc son père, mon grand-père, insiste un peu auprès de sa femme, ma grand-mère. Elle dit, non, tu la connais, c’était pas son truc de tenir un restaurant. Pourtant elle cuisinait bien le poulet le dimanche et puis le pudding à la crème. Mais elle refusait toujours. C’est drôle d’imaginer ses grands-parents qu’on a connu vieux et dans des activités de grands-parents, c’est-à-dire faire du pudding à la crème et m’apprendre à coudre pour ma grand-mère et brûler un champ et m’apprendre à nettoyer les tables du restaurant pour mon grand-père. Et mon père continue son histoire. Ma grand-mère refuse, mon grand-père est emmerdé. Et puis elle accepte.

« mais alors, il faut que je passe chez le coiffeur »

lui dit-elle. Et ce détail, dans cette grande histoire de restaurant, avec du suspense dont dépend toute l’histoire de ma famille. Mon père me le raconte ainsi « elle devait aller chez le coiffeur ».  L’histoire voudra que finalement, elle a quand même changé d’avis et que le restaurant avait été repris par un abbé qui remettait d’anciennes prostituées (celle du bordel? mon père n’avait pas l’info mais on va dire que oui) au travail et qui allaient donc servir au restaurant sur la route entre le village des tartes et le village de la vierge.

Donc elle était coquette ma grand-mère. Dans tous les moments, on doit rester coquette.

Moi, j’ai coupé mes cheveux cet été. Quasiment sans m’en rendre compte. Chaque jour, je coupais mes mèches abîmées par le soleil et aussi par le sel de mes larmes.

Dans tous les moments, on doit se couper les cheveux. Juste un peu. Ou parfois beaucoup. Ne pas se laisser aller. Aujourd’hui j’aime bien mes cheveux courts.

Vivement qu’ils repoussent.

Vivement la suite.

 

 

Vive le cinéma – Chanter et pleurer

Le week-end était moyen. Et puis j’ai regardé des films pour me remettre sur mon chemin, le connu, le rassurant. Les rues parisiennes de Truffaut, les silhouettes et les voitures,  les voix de Rohmer, ces images et ces personnages que je connais par coeur, les papiers peints de Demy. J’ai regardé la cérémonie des Césars de 1981 avec une certaine nostalgie. En 1981 j’avais 5 ans, je n’ai aucun souvenir de la robe rouge de Catherine Deneuve et encore moins des mots de Truffaut. J’ai regardé les interviews de Rohmer sur l’architecture moderne. J’ai lu les articles sur le spectacle de Christophe Honoré sur les années SIDA. Ma nostalgie est fictive, elle voudrait me renvoyer 35 ans en arrière. J’aurai voulu les connaître. Etre Fanny Ardant, sa dernière femme, ou même Deneuve, Jeanne Moreau, Marie Dubois ou Marie Rivière, Béatrice Romand ou Arielle Dombasle, soyons fous. Je n’ai pas connu les premières années du SIDA, je n’ai pas connu Demy de son vivant, j’ai lu Hervé Guibert après sa mort. Pourtant, les regardant et pleurnichant, j’éprouvais à la fois une réelle nostalgie (comme si j’avais connu cette période) et un réconfort tellement réconfortant de regarder leurs films et de les voir. Voilà, c’était dimanche et c’était bien. Le dimanche, on peut traîner en pyjama et pleurnicher en regardant des vieilleries. Si j’étais à Paris, je pourrais aller à la Cinémathèque ou voir Les idoles.

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Alors ce soir, j’ai pu retourner chanter. Après plusieurs semaines d’absence, j’ai  repris mon cours de chant. J’avais bien essayé d’abandonner. Rater plusieurs cours, arriver en retard, ne pas payer mes mensualités, prendre un bus en retard, ne pas avoir envie de monter quand il pleut, traîner au bureau ou au café. Mais voilà, le mardi, on peut aller chanter des chants haïtiens ou brésiliens avec une bande de meufs. Je crois que j’arrive à chanter parce que j’ai beaucoup pleuré. Je suis sûre que ça m’éclaircit.

 

Links :

Plein d’articles sur Rohmer

La rétrospective Rohmer à Paris

Les idoles, le spectacle de Christophe Honoré